01.12.2009
Mariologie Moderne
Il est débile. De naissance. Il lui arrive 100 000 trucs. Atroces. 100 000 trucs bien aussi. Il devient quelqu’un de grave, il se drogue. Il meurt jeune, il est champion de formule 1, il est médecin sans frontière, il est au Darfour, il est en Palestine. Il est à Jérusalem. Elle se marie. Elle a des gosses. Elle vote à droite. Ça ça fait vraiment mal. Ensuite elle est femme d’affaire, mère au foyer, une vraie connasse ; prostituée, massacrée par le tueur de l ‘échiquier à coup de cutter lors d’un voyage à Moscou. Elle est bonne sœur. Elle conduit des métros. Elle fait aussi la gueule dans son adolescence, et après ; à ses potes, son entourage, à la terre entière. Elle fait la gueule parce qu’elle s’énerve à chercher des raisons. À chercher des buts. À remplir le vide.
Elle fut happée hors de ses pensées par une faiblesse passagère de l’ampoule. Elle leva la tête vers le plafond. La lumière grésilla encore puis se rétablit. Le nez en l’air, les yeux hypnotisés par le tungstène incandescent, elle glissa à nouveau en elle.
Elle doit s’arrêter de fumer, elle doit arrêter de boire. Elle doit arrêter de s’amuser, presque. Est-ce qu’elle va sortir? Jusqu’à quand ? Est-ce que elle fera du sport ? Pas trop violent. Est-ce qu’elle fera l’amour? Mollement sans doute.
Elle se rappela curieusement de la dernière scène de ce film de Gaspard Noé. Plan tourbillonnant vers le ciel. Monica Belluci tranquille, sans savoir ce qui va lui tomber sur le coin de la gueule, une séquence assez badante finalement, quand on la juxtapose avec celle, « connue »encore plus flippante maintenant.
Irréversible…
Elle va passer de l’autre côté, une de ces expériences ultimes. Comme si le sol s’ouvrait sous ses pieds. Rien ne sera plus jamais comme avant. Elle ne se sent même pas terrorisée. Même si elle doit dire adieu à cette vie.
Le temps s’étirait lentement. Un instant elle entendit dehors dans la cour d’école les barbares d’un mètre qui jouaient à leurs jeux sadiques pour se récréer. Les esclaves polonais du chantier d’en face, ceux qui volaient une journée supplémentaire du travail honorable des Français, lâchaient des kurva à tous les coins de phrases. Tout était pâle gris pour les maisons et pâle bleu pour le ciel miteux. Dans la cuisine, la peinture s’effritait autour de la pendule ikaka version hall de gare.
Elle avait rencontré Jo à la frontière allemande, parti s’acheter des kilos de clopes pour attraper des kilos de maladie pulmonaire. Elle avait croisé son regard dans la queue du dernier débit ouvert de la Rathaus strasse de Kehl. Jo avait souri en rejetant négligemment ses cheveux sur le côté, en penchant un peu le corps à cause de sa grande taille. Les grands font souvent ce truc d’être tout courbé parce qu’ils voudraient bien prendre moins de place. On s’est trop foutu de leur gueule au collège ; à peu de chose prés c’est sensiblement la même histoire pour tous les géants timides et maigrichons de la terre. Elle avait immédiatement rougi jusqu’au nombril. Jo avait acheté des malbarés rouges et avait laissé sur le comptoir un tas de flyers, puis avait ousté direct dehors sans même la regarder. Quand elle avait acheté sa (no)future angine blanche, elle avait glissé un de ces papiers orange imprimées par les soins du bureau où travail Maman dans sa poche. Et puis naturellement elle était allée à ce concert où elle retrouva Jo devant un micro, une guitare à la main, un peu blême de voir cette si jolie meuf croisée à hier Kehl.
« C’est que tu as du prix à mes yeux. Tu comptes beaucoup pour moi et je t’aime. »
Elle était toujours la tête renversée, des larmes s’échappaient de ses yeux à cause d’une trop longue exposition de la rétine. Son poing droit sagement plié sur ses cuisses, dans l’autre main, la King Kong théorie, agenouillée sur son matelaspliéendeux/canapé ; les yeux perdus loin dans la lumière qui l’inondait, comme une caresse bienveillante dans ses cheveux blonds vénitiens rasés et son dos. Comme une sorte de cascade de couvertures rassurantes.
Elle réalise qu’elle n’a jamais couchée avec un mec.
Elle est trop jeune, elle est trop pâle, elle est anémique. Jo, au secours.
« Je sui presk la jariv ! gab » Sa meilleure amie est sur le retour, avec les résultats du laboratoire.
Jo rentra à la maison ce soir-là après une journée un peu éprouvante à l’Afpa de Romainville section menuiserie, et trouva sa meuf Marie, et Gabrielle, sa meilleure pote, transfigurées par la lampe Gogre.
Toutes deux regardaient dans sa direction avec des yeux lumineux et mouillés. Joséphine comprit alors que l’insémination artificielle à la maison avait réussi, du premier coup. Elle se laissa tomber d ‘émotion dans le fauteuil près de la fenêtre. Ce qui fit peur à un pigeon blanc qui s’envola dans l’air du soir de quatre jours printanier.
Isaïe
texte rédigé pour le Chicon 6, d'après le mot "annonce"
18:24 Publié dans 3- Ecriture en ligne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note