01.12.2009

Bordel baroque

Tu me files 150 euros, je descends avec à Marseille. Je reviens jeudi avec tes 1000 balles et je t’en donne 3000 de plus. Vas –y c’est une affaire qui roule, t’inquiète ! C’est un bon plan ! Y’a pas d’embrouille, je te dis. Allez, on se connaît depuis combien de temps, hein ? la maternelle, hein, ouais ? Alors t’es comme mon frère, tu vois. Alors je vais pas t’entuber, ok, là ! Vas-y fais pas le mec méfiant, hein, vas-y là.

Comme ça pendant une bonne vingtaine de minutes. Il en faut pas plus pour qu’il me fasse craquer. On va au distributeur ensemble, je prends la thune et j’ai à peine le temps de voir ses yeux avides qu’il me prend quasiment les billets dans les mains et court vers la station de RER pour filer à Paname.

Il m’a laissé les clefs de son appart, comme « garantie ». Un truc miteux dans le XVIIIe. Un squat pourri que je déteste. A chaque fois je me demande bien pourquoi je lui prête des thunes que je revois jamais. C’est pas croyable. Pourquoi je le laisse m’embarquer dans ses plans foireux.

Mais quand même. Ce soir, j’ai pas envie de rester traîner ma peau à chercher un truc à faire dans ce putain de quartier en béton chiant. Et puis si j’ai un endroit pour crécher, Paris by night ça me changera un peu. C’est exotique par là-bas. J’aime bien aller zoner à Pigalle, c’est plein de nuits autour des néons partout c’est plein de face de germains rougeauds et faussement hilares autour des cuisses écartées sur les photos géantes. Et puis ça sent le hot dog et les crêpes, et les gaz d’échappements des cars de touristes ; cette odeur aussi si spéciale de détergent qu’on utilise dans les boîtes et les bars comme si ils y avaient qu’une seule marque, un truc à base de savon parfum caniveau.

Je fais un tour dans un sex-shop miteux, et je jette un œil aux jaquettes de DVD. Là des vieilles bonnes femmes couvertes de merde en train de se faire prendre par un âne, ici des jeunes filles avec des couettes et des jupettes d’écolière en train de s’occuper de quatre types en même temps. L’endroit est vide, il est encore tôt. Les godes, les menottes pendouillent mollement sur des crochets métalliques.

Dans la rue, les rabatteurs me promettent toutes sortes de trucs tarés avec des lesbiennes ultra consentantes qui adorent le sexe, surtout le mien. Mais bien sûr.

Je m’arrête prendre un verre dans un pub, juste après la Loco, avec un concert de musique celtique ou ch’ais pas quoi. Le son est pas si pourrave, on s’y croirait. La mousse à la main, un gros chanteur ventru braille des trucs en rythme avec la flûte et l’accordéon de deux autres types qui lui ressemblent beaucoup. Tout de suite après quatre mecs entrent dans le pub irlandais et s’installent à côté de ma table, là où on peut voir toute la salle d’un seul coup d’œil circulaire. Ils ont le crâne rasé, pleins de tatouage sur les bras, des baggies et des casquettes. Un moment je me demande si c’est pas des skins, et si pas falloir se la mettre. Ils sont pas hyper grands mais assez balèzes quand même.

Je continue à enchaîner les écossais sur le rocher en les surveillant discrètement. Ils picolent aussi des trucs purs. Les rouquins finissent leur tour de chant sous les applaudissements mous d’un public qui s’en fout. Les quatre faux skins fument clopes sur clopes, il y en a même un qui sort des cigares de sa poche-poitrine et en propose à tout le monde. Il me voit matter le paquet et m’en propose un, en me faisant signe d’approcher. Je suis déjà plus à jeun, ma méfiance fait la grève. Je me lève, prends mon verre et me pose à leur table. On se met à discuter de choses et d’autres et je me rends compte au son de leur voix et de leur pilosité en fait que ce sont des mecs plutôt jeunes, mais qui en imposent quand même déjà pas mal. L’ambiance est bonne. On parle de tout et rien.

Je retire de la thune, mais mes yeux ont du mal à faire la mise au point sur l’écran. Et j’ai du mal à rester en équilibre. Je sais pas si c’est le whisky ou la vodka qui est le plus difficile à gérer. Les quatre faux skins m’attendent dans leur caisse pour m’emmener dans leur soirée. Ils étaient pas chauds pour que je vienne , mais j’ai insisté parce que je voulais reculer le plus tard possible le retour dans mon palace en carton mangé par l ‘humidité. Il suffit que je touche à rien ni personne. Et même ils m’ont dit que si je faisais pas le con, mes nippes de total caille feraient sensation. C’est la première fois que mon jogging basket serait plébiscité dans une soirée. On arrive là-bas rapidement, près du canal de l’Ourcq que nous longeons. Ils se garent à proximité d’une péniche sombre. Quelques éclats de lumières rouges se reflètent dans l’eau. On dirait qu’il y a pas mal de monde là-dedans… A l’entrée, sur le quai, y’a deux immenses colosses barbus et musclés en marcel à rayure.

Salut les gars, c’est un FTM votre pote ? Ils disent que non mais que si y a la moindre embrouille ils géreront avec moi. Les deux baraques nous laissent passer, je prends la passerelle en dernier, je regarde dans l’eau et je vois les silhouettes des deux ours se rapprocher et s’embrasser ? je me retourne vers eux mais trop tard pour voir quoi que ce soit de douteux.

Dans la péniche nous descendons quelques marches dans une ambiance un peu feutrée. Les lumières sont tamisées, les ampoules dans les lampes sont toutes rouges ou presque. En bas il y a deux filles au vestiaire qui sont en train de se rouler des pelles de malade. Elles nous saluent en faisant la bise à mes nouveaux potes et en me lançant un regard inquisiteur, mais encore une fois ils les rassurent en disant qu’on est ensemble. Je commence à stresser un peu et à me demander si je suis le bienvenu ici.

Mes nouveaux amis m’entraînent avec eux dans une autre salle plongée dans le noir ; seule une petite estrade est éclairée ; Le public à l’air nombreux, même si je ne distingue pas grand chose. La musique de 9 semaines et demie résonne dans toute la coque du bateau et un type rasé (encore un) entre en scène ; je remarque alors qu’il est un peu maquillé ; il a une bite en plastique dans la poche de son costume trois pièces. Il se lance alors dans un strip-tease langoureux. Avec un style très viril, il enlève ses vêtements un à un et… devient trois secondes plus tard une femme ; avec deux croix en scotch sur les tétons, en train de danser sur un tube techno connu mais dont tous le monde a oublié le nom. La voilà qui vient dans la foule, se frotte au public, pose ses mains dessus. A ma hauteur elle me frôle de partout et m’invite à onduler contre elle. Elle fait une moue bizarre quand elle sent que je suis un peu « dur », et s’en va en éclatant de rire faire la même chose contre une fille immense avec une poitrine explosive, les cheveux très courts, habillée assez simplement un t-shirt relativement large , des anneaux pleins l’oreille, et un large ceinturon militaire pour tenir un treillis camouflage de l’armée belge. Elles se lancent dans une danse sensuelle et la fille laisse ses mains glisser partout sur la danseuse à moitié nue. Les gens sifflent, quelqu’un lance : c’est la butch* qu’a gagné le gros lot! Puis elle remonte sur scène et tout le monde applaudit. Ensuite c’est au tour de deux travelos déguisés en Madonna qui dansent et chantent en play-back. Mes potes me ramènent un truc à picoler. Le plus petit me demande si j’aime les extas en me tendant le verre.

La soirée se poursuit. Les spectacles sont finis et les gens envahissent la scène. Tout le monde se met à danser dans la quasi-obscurité. Je sens qu’il y a d’autres corps près de moi, j’ai l’impression qu’on m’épie, que des yeux sont braqués sur moi constamment. Je fais le chaud, j’esquisse des pas de danse bien tranquille, un petit sourire en coin ; une fille blonde, vient danser prés de moi, je commence à être en sueur et excité ; une autre fille vient derrière moi, j’ai l’impression qu’elles viennent toutes autour de moi, qu’elles dansent toutes pour moi et que je danse pour elles toutes… A un moment un mec un peu trop maigre s’approche et se met à se trémousser lui aussi. Il me dérange pas, je trouve ses regards un peu trop appuyés, mais bon, il comprend vite qu’il va pas falloir qu’il s’approche plus que ça de moi ; et j’ai promis à mes nouveaux potes de me barrer si y’ avait un truc qui me plaisait pas.

Les heures passent, je me sens vraiment bien ici. Les gens sont tous ou presque posés dans des coins sombres, des corps s’activent un peu dans tous les sens ; j’espère que je vais pouvoir me taper des lesbiennes c’est mon gros kif ça. Je retourne dans le sas d’entrée. Les filles du vestiaire sont toujours là, dans les bras l’une de l’autre. Je m’approche doucement. Elles me remarquent, arrêtent de s’embrasser et me demande ce que je fous là. Je fais ma plus belle tête de mec innocent et je leur demande si on peut pas, enfin vous voyez quoi… Elles éclatent de rire et me demandent d’où je sors ; je reste un peu vexé, puis l’une d’entre elle se tourne franchement vers moi et me demande si je le prendrais sincèrement bien qu’un un mec viennent me voir moi et ma meuf pour me demander si il pouvait nous baiser tous les deux, dans la joie et la bonne humeur.

Je me sens un peu con, c’est des mal-baisées de toute façon, elles savent pas ce qu’elles perdent. Je retourne dans la salle voir les gars histoire de leur dire que je me tire de ce bordel. Je ne les trouve pas et je décide de me poser cinq minutes en attendant de les voir repasser par là.

C’est une bouche qui s’affaire sur mon sexe qui me réveille. Je suis toujours dans la péniche, j’entends des râles de mecs et de meufs dans tous les recoins, je crois reconnaître des claquements de ce que je suppose être des fouets. J’y vois rien les rares lumières de la péniche sont encore plus tamisées que tout à l’heure ; j’ai chaud dans tout mon corps, je ne sais pas ce qui se passe jamais on ne m’a sucé comme ça, je passe ma main dans ses cheveux sur ses joues et dans sa … barbe ? je suis en train de me faire sucer par un mec ? Je n’ai pas la force ni le temps de protester qu’une paire de lèvres se plaque sur les miennes et qu’une langue douce s’introduit dans ma bouche. Une autre bouche s’empare de mes tétons. On m’embrasse de partout, des bouches différentes, des peaux rugueuses et douces se frottent sur moi.

Je sens des corps partout où je tends mes bras. Des garçons, des filles ; ça n’a l’air de gêner personne ici. Vers cinq heures du matin, les gens commencent à quitter les lieux, moi je suis encore là le nez dans la poitrine plus que volumineuse d’une blonde fantastique, une vrai bête de sexe  une copine à elle veut absolument que je la prenne par derrière. Elle me demande avec un accent brésilien très chaud si j’ aime les surprises et même si je suis un peu anxieux je suis prés à tout pour rester bouillant comme ça.

Alors voilà, ben t’sais, je d’vais voir un type la-bas, avec qui je devais faire l’affaire, là ! Et puis, t’sais, ce connard en fait il était pas là. Je l’ai cherché dans tous Marseille, tu vois ! Avec mon cousin on est monté aux Quartiers Nord… Lui y’ connaît du monde là–bas et franchement ça a été chaud. Mais, euh, ben en fait, voilà, j’ai pas trouvé le keum, ce bâtard de sa mère il était déjà parti.

Je le laisse essayer de m’expliquer comment il a pas réussi son coup. Comment en plus il a « perdu » trente euros au poker en essayant de se refaire pour moi. Il me gave, alors je prends la thune qui reste, je lui rends ses clefs sans rien dire puis je tourne les talons.

Il me crie avant que je ne disparaisse dans la bouche du métro Château Rouge « Et vas y attends ! Je voulais pas t’enculer mon pote ! » Quelque chose trésaille à l‘intérieur de moi. Je m’arrête. Je suis tiraillé entre l’envie de retourner lui écraser la gueule à coup de poing et celle plus étrange d’emmener cette même petite gueule chez lui approfondir la question. Je suis saisi net de stupeur, en me surprenant à penser des trucs pareils. Je secoue la tête pour évacuer tout ce foutoir de mon cerveau. J’enfonce un peu plus ma tête dans ma casquette et m’engouffre dans la station…